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ANECDOTES DU PARIS INSOLITE

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Le pacte de Nimègue

Le pacte de Nimègue

Sous le règne du Roi Soleil, les membres de la cour de Versailles sont coutumiers des flatteries au souverain pour tenter d'obtenir en retour quelques privilèges supplémentaires. Parmi eux, le maréchal de La Feuillade se fait remarquer pour sa bravoure dans les corps d'armée. En 1685, il utilise même son terrain situé à côté du Palais Royal pour faire construire la Place des Victoires, en l'honneur de la signature du traité de Nimègue, qui mit fin à la guerre de Hollande en 1678 et consacra la victoire de Louis XIV sur ses ennemis.

L'architecte Jules Hardouin-Mansart est ainsi missionné pour aménager l'espace et le sculpteur Desjardins pour créer l'imposante sculpture centrale. Éclairée nuit et jour par d'imposants chandeliers, la première version de l'œuvre fait plus de 12 mètres de haut et représente Louis XIV debout, en costume de sacre. Obtenant de fait, toute l'estime du roi de France, le Maréchal de la Feuillade jouit de sa réussite. Il vise encore plus haut en tentant de rendre navigable le nord de la Loire, mais fait une énorme boulette qui provoque l'inondation de toute la vallée de Roanne (dans l'ouest de la région Lyonnaise), et brise définitivement toute sa bonne réputation !

Plus d'un siècle plus tard, la révolution frémit et les figures monarchiques ne sont plus en vogue dans la capitale. Les contestataires abattent la statue pour la fondre en canons et font installer à la place une pyramide de bois portant les noms de leur camarades tués au combat. 

En 1793, Napoléon Bonaparte devient général des armées et fait à son tour détruire la pyramide pour offrir du bois de chauffe à ses soldats. À la place, le futur empereur fait installer une statue de son jeune bras droit mort au combat, Louis Desaix, qui l'avait protégé durant la célèbre campagne d'Égypte où Napoléon était parti percer le secret des Pharaons. Mais l'œuvre présente Desaix très dénudé et face au scandale que cela provoque, la statue est rapidement recouverte avec une palissade de bois et finalement retirée en 1814.

Il faut attendre la restauration de la monarchie pour que Louis XVIII fasse installer au centre de la place une autre statue, rendant à nouveau hommage à Louis XIV. Sculpté par François Joseph Bosio, le Roi Soleil est représenté victorieux sur un cheval cabré, dont le poids est discrètement soutenu par la longue queue qui s'appuie sur le piédestal. Notez qu'habituellement, les statues équestres montrant un cheval avec deux jambes avant levées, honorent un cavalier mort au combat (ce qui n'est pas le cas de Louis XIV), alors que pour celles représentant des destriers avec les quatre jambes au sol, le personnage est mort de causes naturelles !

Louis XIV est en tout cas représenté ici dans tout sa splendeur. En tenue d'empereur romain, pieds nus et sans scelle, le monarque est coiffé d'une couronne de laurier qui symbolise le triomphe et tient dans sa main droite un tube qui pourrait bien contenir le célèbre traité de Nimègue !

Le succès de la poivrière

Le succès de la poivrière

Nous sommes en 1844. Tandis que la capitale accueille la grande exposition industrielle, les premières expériences d'éclairage public à l'électricité sont menées sur la place de la Concorde. Flânant le long des Champs-Élysées, un jeune homme venu tenter sa chance à Paris observe les belles boutiques et le tumulte des fiacres qui se croisent sur les pavés. Il s'appelle Félix Potin.

Impatient d'embrasser le succès, le garçon de 24 ans décide d'investir son budget pour louer une petite épicerie dans une rue passante du 9ᵉ arrondissement. Malin, il comprend vite comment se démarquer de ses concurrents qui optent souvent pour des pratiques trompeuses afin d'écouler leur marchandise. Chez Félix, tout est transparent et le slogan inscrit sur la devanture annonce : "Vente de qualité à bon poids et à bon prix". De fil en aiguille, le commerce attire de plus en plus de monde et grandit car Potin, agissant en véritable précurseur de la grande distribution, sait négocier subtilement avec ses fournisseurs. Les gros volumes d'achat permettent de faire baisser les prix et de dégager des marges de plus en plus importantes. 16 ans plus tard, le désormais grand épicier a suffisamment accumulé d'argent pour ouvrir d'autres points de vente, acheter des usines de production de produits agro-alimentaires et s'offrir un somptueux magasin sur deux niveaux, boulevard Sébastopol.

C'est cet impressionnant immeuble que l'on peut voir sur la photo. Construit dans un style néo-baroque par l'architecte Charles Lemaresquier, l'édifice surmonté d'un grand dôme est ironiquement surnommé "la Poivrière" lors de son inauguration en 1910. La majestueuse rotonde d'angle est ainsi conçue pour faire resplendir l'enseigne de Felix Potin. Affublée de symboles de la mythologie antique telles que des cornes d'abondance, des guirlandes de fruits et des grands vases impériaux, elle magnifie le triomphe d'Hermes, dieu du commerce.

Félix Potin meurt en juillet 1871 mais sa Maison est alors la plus importante épicerie de la capitale et continue son essor sans s'essouffler. Dans les années 1920, la société compte même 70 succursales, 10 usines, 5 chais et 650 chevaux qui permettent de tirer les carrosses des livreurs. La "success story" continuera jusqu'en 1977, année ou l'enseigne cumule plus de 1600 magasins pour un chiffre d'affaires de 3 milliards de francs. Mais la concurrence se fait plus ardue dans les années 80. Auchan, Leclerc et Carrefour passent à la vitesse supérieure en donnant une dimension internationale à leurs business. Incapables de suivre le rythme, les boutiques de Felix Potin perdent peu à peu leur élan jusqu'à leur fermeture définitive en 1995.

La silhouette de Trigano

La silhouette de Trigano

Au nord du quartier du Sentier, le surplomb du carrefour Strasbourg - Saint-Denis abrite l’un des immeubles les plus fins de Paris, dont les étroites pièces mesurent à peine deux mètres de large : la pointe Trigano. 

Le bâtiment originel fut construit à la fin du XVIIᵉ siècle sur les hauteurs de la butte Bonne-Nouvelle, également appelée « Butte aux Gravois » car elle elle fut recouverte à l’époque d’un immense amas de gravas et de détritus nauséabonds. Personne ne voulant y habiter, la Ville transforma le lieu en zone exempte de taxes pour y attirer les artisans, et les premiers à s’y installer furent les ateliers de menuiserie et les marchands de tissu.

C’est en hommage à la dynastie des Trigano, particulièrement implantée dans le négoce du textile et du prêt porter, que le frêle édifice est renommé en 2001. Cette grande famille juive séfarade est aussi connue par le biais de l’homme d’affaires Gilbert Trigano, qui contribua à l’essor phénoménal du Club Méditerranée dans les années 1960.

L’immeuble est longé à gauche par la rue de Cléry et à droite par la rue Beauregard, dont le nom vient justement de la jolie vue sur Paris offerte aux habitants du haut de la butte, avant que les hautes maisons ne soient construites. Non loin d’ici se trouvait d’ailleurs vers 1650, la célèbre « cour des miracles », un espace de non-droit ainsi appelé car les prétendues infirmités des mendiants qui en avaient fait leur lieu de résidence, y disparaissaient à la nuit tombée, « comme par miracle ».

Élancée sur quatre étages, l’architecture singulière de la pointe Trigano fut rehaussée d’un étage et réaménagée à de nombreuses reprises avant d’avoir son apparence actuelle. Après avoir hébergé une petite boutique de vins et de spiritueux, le rez-de-chaussée a été transformé en un appartement mais conserve les anciennes grilles de fer forgé qui protégeaient autrefois le petit commerce des ivrognes en manque de liqueur. Sur le fronton, une grande plaque indique qu’André Chénier, poète et journaliste opposé aux idées de Robespierre, y aurait vécu en 1793, avant d’être arrêté et guillotiné par les révolutionnaires.

Si vous passez dans les parages, ne manquez pas d’aller photographier le petit immeuble en forme de pointe et de le contourner sur quelques mètres pour découvrir une autre « mini » curiosité : la Rue des Degrés, rue plus courte de Paris !

La spirale de Gustave

La spirale de Gustave

En 1862, le peintre Gustave Moreau est encore inconnu mais songe déjà à la postérité, griffonnant une réflexion au bas d’un croquis : « Ce soir, je pense à ma mort et au sort de mes pauvres petits travaux et de toutes ces compositions que je prends la peine de réunir. Séparées, elles périssent ; prises ensemble, elles donnent un peu l’idée de ce que j’étais comme artiste et du milieu dans lequel je me plaisais à rêver ». Trente ans plus tard, le peintre est au sommet de son art et reconnu comme le chef de file du courant symboliste. Il décide de faire construire rue de La Rochefoucauld, dans sa maison familiale, les grands ateliers nécessaires à la présentation au public de ses oeuvres.

Au rez-de-chaussée, la visite commence par un enchainement de six pièces qui abritent un foisonnement de plus de 400 peintures. On y fait aussi une découverte étonnante : des placards secrets aménagés dans les murs, qui présentent une collection unique d'aquarelles du maître. Au premier étage, la chambre à coucher et la salle à manger dévoilent un peu plus l'intimité de la famille avec des souvenirs précieux et des portraits photographiques. Un cabinet de curiosités présente aussi des livres rares et des objets soigneusement recueillis par Moreau tout au long de son existence.

Les appartements du deuxième étage exposent plusieurs centaines de peintures ainsi que des milliers de dessins. Mais pour rejoindre les pièces supérieures où se trouvent les oeuvres les plus grandioses, on emprunte un superbe escalier à vis qui se déroule majestueusement le long d'une rampe de fer forgé. Impressionnante, l'oeuvre d'architecture est à la fois complexe et légère, donnant l'impression qu'une partie du plafond blanc s'est affalée en spirale telle une peau de fruit.

Le petit musée sentimental de Moreau conserve aujourd'hui près de 25 000 œuvres merveilleuses dans une atmosphère calfeutrée. Propice à la rêverie, il garantit le plein d'émotions et de découvertes insolites !

En fer à cheval

En fer à cheval

Le somptueux Opéra Garnier est achevé le 30 décembre 1874 et inauguré en grandes pompes 6 jours plus tard par le président de la République, le maréchal de Mac-Mahon. Lorsque les journalistes et les convives pénètrent dans le bâtiment pour assister au premier spectacle, ils sont subjugués par la beauté de la grande salle, que son illustre concepteur décrivait comme "le lieu où se marient l'art de l'architecture et la science de l'acoustique". Il faut dire que pour créer le coeur du Palais, Garnier a voyagé aux quatre coins de l’Europe afin d’analyser les plus grands opéras. Sa conclusion : une salle en "fer à cheval" est la meilleure solution pour un compromis entre une bonne acoustique et une vision optimale depuis touts les sièges.

Certes, les prestigieuses loges des côtés n’offrent pas le meilleur angle de vue sur la scène, mais peu importe, car le jeune architecte sait qu’elles serviront plus souvent à être vu qu’à voir le spectacle. Il les fait donc richement décorer avec des moulures dorées pour que les locataires du soir attirent tous les regards de l’orchestre. C’est d’ailleurs de là que vient la célèbre expression "il y a du monde au balcon !". Et pour les messieurs souhaitant profiter plus ardemment du décolleté de leur conquête, un rideau épais permet de séparer la loge du petit salon aménagé juste derrière, où quelques coupettes de champagne permettront de consommer discrètement un entracte coquin.

Garnier réfléchit donc aux moindres détails afin de parfaire son oeuvre. Il va même jusqu’à choisir une nouvelle couleur pour les murs et les sièges, car il trouve que le bleu royal a été trop utilisé dans les salles de spectacle de la capitale. Pour son opéra, les velours seront donc en « rouge profond », puisque selon lui, cette couleur chatoyante met nettement plus en valeur le teint des dames…

Sous le regard des 2156 spectateurs, le plafond peint par Eugène Lenepveu représente "Le triomphe de la beauté, charmée par la musique au milieu des heures du jour et de la nuit"*. À son centre, l’immense lustre en bronze doré et en cristal, porte sur cinq couronnes 340 bougies dont le scintillement domine les murmures. Il est 20h, chuuuut, on vient de frapper trois coups, le spectacle va commencer.

*Recouvert par Chagal en 1964 sous l'impulsion du ministre de la Culture André Malraux

Le charme de Jouffroy

Le charme de Jouffroy

Le petit passage Jouffroy est conçu en 1846 par le comte Felix de Jouffroy-Gonsans, qui souhaite tirer profit de ses parcelles longeant les Grands Boulevards, en y installant des beaux magasins et des restaurants à l’abri de la pluie. Long de seulement 140m, il est le premier passage couvert entièrement construit de métal et de verre. Tous ses éléments décoratifs en bois peint sont ainsi baignés de lumière par un long toit vitré jalonné de superbes lampadaires de style Art Nouveau. Autre innovation, son système de chauffage est le premier à se faire entièrement par le sol, ce qui offre aux commerçants et aux visiteurs une température agréable durant les mois d'hiver.

Dès son ouverture, le passage connaît ainsi un franc succès. S'il est rapidement utilisé par les flâneurs, c'est aussi parce qu'il se positionne comme un relais entre deux autres galeries populaires: au nord le passage Verdeau et au sud, le célèbre passage des Panoramas. L'allée est bordée sur toute sa longueur d’élégantes vitrines et de salons de thé qui attirent attirent les Parisiens du XIXᵉ siècle. En 1882, le fondateur du journal "Le Gaulois", Arthur Meyer, s’associe au caricaturiste Alfred Grévin pour créer juste à côté un musée de personnages en cire, dont la renommée internationale contribuera grandement à la popularité du lieu.

Autre curiosité du passage, le petit Hôtel Chopin dont la porte d'entrée n'a jamais été équipée de serrure. Offrant quelques chambres charmantes, il fut nommé ainsi en hommage au grand musicien Frédéric Chopin qui venait y composer des valses et des préludes. Il se murmure d’ailleurs qu’il y aurait vécu une passion discrète avec la romancière Amantine Dupin de Francueil, plus connue sous le nom de George Sand...

Un manoir à Paris

Un manoir à Paris

Dans les années 1830, les producteurs de porcelaine ouvrent progressivement des boutiques à Paris dans la petite rue de Paradis, juste à côté de la Gare de l'Est. Cet emplacement est idéal pour acheminer les produits venus des départements de l'Est où se trouvent les grandes usines de faïence, fabriquée avec de l'argile que l'on cuit puis que l'on recouvre d'émail ou de vernis. Vers 1860, la maison française la plus réputée est celle de Choisy-le-roi, car ses ateliers arrivent à produire des faïences fines à décor imprimé, imitant parfaitement les subtiles porcelaines de Chine.

Menée avec brio par son directeur Hippolyte Boulenger, la faïencerie prend un essor considérable et est même choisie par la Compagnie du Chemin de fer Métropolitain de Paris (devenue R.A.T.P) pour la fabrication de petits carreaux blancs et biseautés, destinés à orner les murs des stations du métro parisien. L'entreprise est alors renommée Henri Boulenger et Compagnie et se fait bâtir un nouveau siège social en face des prestigieuses boutiques de la maison Baccarat et de la Cristallerie de Saint Louis. Avec son étonnante façade d’inspiration Renaissance, l'immeuble sert de dépôt et surtout d'extraordinaire vitrine commerciale pour faire connaitre la marque et les produits auprès du grand public.

Au-dessus de l'entrée, la ville d'origine de la faïencerie est inscrite en caractères jaunes tandis que les initiales de la société, H.B.C., sont gravées en superposition dans un médaillon de pierre. On remarque aussi au sommet du chapiteau, un imposant vase décoré de drapés de porcelaine et d'une tête qui représenterait l'épouse de Napoléon III, l'impératrice Eugénie. Entre les deux colonnes corinthiennes, un immense porche vitré est souligné par une frise bleue agrémentée de lys d'or, ravivant la couleur rouge des boiseries et les appliques ornées de motifs végétaux colorés. Mais les éléments les plus insolites sont les deux têtes sculptées en haut de la façade, montrant à droite Henri Boulanger et à gauche son frère, tous deux coiffés d'un chapeau typique des commerçants de l'époque et semblant scruter du regard les visiteurs qui pénètrent dans leur palais de faïence.

Inscrit au titre des monuments historiques, le bâtiment devient  musée de l'Affiche en 1978, puis musée de la Publicité en 1982. Il héberge aujourd'hui le "Manoir de Paris", une maison hantée de 1500 m² ou l'on se fait surprendre par des comédiens déguisés en personnages sanguinaires. Si vous décidez de vivre cette expérience a sensations fortes, ne manquez pas d'observer les décorations en carrelage à droite de l'entrée et sur les parois du hall, représentant de superbes scènes de la Belle Époque !

Théatre sur l'eau

Théatre sur l'eau

Originaire de l'antiquité romaine, la Naumachie était un gigantesque spectacle représentant une bataille navale. Seuls les empereurs pouvaient se permettre de les organiser, étant donné les moyens considérables qu'il fallait mettre en œuvre pour aménager un plan d'eau, mobiliser des flottes de bateaux et gérer des centaines de figurants. On connait peu de choses à propos de ces impressionnantes simulations guerrières, car les édifices n'ont pratiquement pas laissé de trace archéologique et seuls les livres anciens en font la description. Sous le règne de Néron apparut néanmoins une nouveauté : la Naumachie d'amphithéâtre. Beaucoup plus modeste, elle était mise en scène dans une enceinte d'amphithéâtre moins grande, que l'on inondait complètement pour l'occasion.

C'est en référence à ces spectacles navals que la Naumachie du Parc Monceau fut aménagée en 1773, avec un bassin ovale entouré d'une colonnade corinthienne. Pour ne pas s'embêter à commander une sculpture neuve, le Duc de Chartres alors propriétaire du grand jardin, a l'idée de récupérer les colonnes de la Rotonde de Valois, un monument funéraire inachevé qui jouxtait la basilique de Saint-Denis, commandé 50 ans plus tôt par Catherine de Médicis afin d'accueillir le tombeau de son époux, le roi Henri II.

En 1861, le parc rentre dans une longue période de rénovation et la Naumachie, très abîmée, pose un dilemme : doit-on lui donner un coup de jeune ou la laisser telle quelle ? On décide finalement de simplement consolider la structure tout en préservant son aspect de ruines antiques. Depuis lors, le bassin ovale offre calme et volupté aux flâneurs qui y découvrent des dizaines d'espèces d'oiseaux et de poissons. Au milieu du plan d'eau, un îlot abrite un superbe saule pleureur, qui complète le trio d'arbres remarquables du Parc Monceau, avec un immense platane d'orient bicentenaire et un imposant Ginkgo Biloba de 23m de haut, représentant d'une très ancienne espèce d’arbres datant de l'ère des dinosaures !

L'art de Loo

L'art de Loo

Nous sommes dans les années 1900, la France s'enivre de la belle époque, période de l'histoire marquée par de profonds bouleversements technologiques et sociaux. Entre la Tour Eiffel et le Musée d'Orsay, Paris organise une extraordinaire Exposition Universelle et attire d'innombrables visiteurs qui viennent découvrir de gigantesques pavillons construits par 40 pays pour présenter leurs plus beaux atouts culturels. 

Afin de profiter du dynamisme économique, une jeune chinois nommé Ching-Tsai Loo, né orphelin dans un obscur village des bords du Yangtsé, décide de quitter son pays natal pour venir tenter sa chance dans l'hexagone. À l’affut de la moindre occasion, il entend parler de l’ouverture à Paris d'un magasin d’importation de produits chinois et s'y fait engager comme "homme à tout faire". Les parisiens son friands des antiquités chinoises et paient des fortunes pour s'offrir les objets de la boutique asiatique. Bien conscient que l'affaire est juteuse, Loo regroupe ses économies et fait quelques emprunts pour ouvrir son propre magasin d'oeuvres d'art où il vend des fresques bouddhiques, des jades archaïques et des bronzes chinois. Pour faire fructifier son affaire rapidement, l'ambitieux galeriste profite de l'instabilité politique de la Chine et part récupérer d'inestimables antiquités dans les temples, les palais et les tombes impériales. En quelques années, la revente de ces oeuvres aux acheteurs d'art occidentaux lui permet de bâtir un empire.

Devenu richissime mais honni en Chine pour avoir pillé les trésors nationaux, Loo demeure en France et rachète un hôtel particulier à deux pas du Parc Monceau. Or à l'époque, la ville de Paris ne demande pas de permis de construire aux propriétaires pour restructurer leurs biens fonciers, ce qui lui permet de faire modifier l'apparence de son immeuble pour assouvir son appétit artistique. En moins de deux ans, son architecte parvient à transformer le bâtiment du XIXᵉ siècle en une somptueuse pagode rouge, nommée "Pagode Loo". Le voisinage ne manque pas d'émettre moult plaintes, mais les avocats du commerçant malicieux arrivent quand même à manœuvrer pour permettre au projet d'être achevé en 1926.

Sur les quatre étages, les pièces en enfilade sont décorées de boiseries rouges et de tentures de soie. De magnifiques vases Ming en porcelaine ornent les coins des allées tandis que d'inestimables tapisseries et des armures impériales enjolivent les parois des salons. Mais le couple aime aussi montrer ses collections et organise souvent des soirées mondaines. À la lueur des lanternes rouges ils continue ses affaires jusqu'au bout de la nuit, offrant sans compter les meilleures cuvées de Dom Pérignon à de riches collectionneurs d'art et aux conservateurs des plus grands musées du monde.

Mr. Loo vit ainsi très confortablement mais doit arrêter soudainement son commerce en 1949 lorsque le gouvernement communiste chinois décide de fermer les frontières. Il s'éteint à l'âge de 70 ans et lègue à sa famille un héritage colossal. La Pagode est bien préservée par les successeurs mais les énormes frais d'entretien les poussent à la revendre à des fonds privés en 2011. Depuis lors, la grande maison abritant les oeuvres d'art de Loo est gérée par l'entreprise "Pagoda Paris" qui y organise des évènements. Devenue musée privé d'art asiatique, la pagode n’est malheureusement pas ouverte au public mais peut parfois être découverte lors de journées du patrimoine.

Drôle de stryge

Drôle de stryge

Construite au XIIe siècle, Notre-Dame de Paris devient progressivement le symbole du culte chrétien dans la capitale. Au fil des siècles le monument subit de nombreuses détériorations au point qu'en 1804, lorsqu'il faut y accueillir le sacre de Napoléon, les architectes de la ville sont mobilisés pour construire à la hâte un portique en bois, carton et stuc. Pour cacher les balafres du monument, ils décident même de blanchir les murs à la chaux et de dissimuler les parties les plus abîmées sous des draperies de soie et de velours.

En 1831, le roman "Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo est publié et connaît un succès immédiat. Le grand écrivain apporte son soutien indéfectible aux défenseurs du patrimoine qui sont au chevet de la vieille dame de pierre. Sous pression, les autorités organisent ainsi un concours pour lancer les travaux de restauration. Le projet retenu est celui d'Eugène Viollet-le-Duc, un jeune fonctionnaire des Monuments historiques. L'architecte de 26 ans bénéficie d'un budget colossal (l'équivalent de 14 millions d'Euros), ce qui le pousse dès 1844 à s'investir grandement dans son  ouvrage. Travailleur insatiable, il dessine les échafaudages, vérifie la préparation des enduits et prend le pinceau pour fignoler des décorations.

Afin d'ornementer l'édifice de style gothique flamboyant, Viollet-le-Duc imagine alors des chimères, sculptures grotesques et apotropaïques, c'est-à-dire destinées à conjurer le mauvais sort et à détourner les influences maléfiques. Pour concevoir ces statues, il fait appel à une quinzaine de sculpteurs d'exception qui se chargent de tourner des démons en dérision en les reproduisant dans des postures figées et amusantes. Le pari est audacieux, mais il est réussit. L'architecte-restaurateur démontre ainsi qu’il est tant un bon architecte qu'un brillant créateur.

Confortablement installées au haut de la balustrade de la cathédrale, les créatures monstrueuses sont fixes, telles des vigiles qui se régaleraient inlassablement des turpitudes du petit monde parisien. Parmi elles, la plus célèbre est sans doute la "Stryge", sculptée par Henri Le Secq, d'après une caricature du dessinateur Charles Meryon datée de 1850. Se tenant la tête dans ses mains, la bestiole cornue est une sorte de démon ailé, mi-homme mi-oiseau, qui apparait dès l'Antiquité dans la croyance romaine. Tel un esprit nocturne malfaisant, semblable au vampire, elle se repait de la chair corrompue des cadavres...

Sous leurs aspects sympathiques, les monstres imaginaires de Notre-Dame de Paris incarnent donc des concepts plutôt lugubres. Mais elles observent le monde avec nostalgie, comme si le temps de magie et de sortilèges auquel elles appartiennent avait définitivement tiré sa révérence...

Les poèmes de Camoëns

Les poèmes de Camoëns

Juste en contrebas des jardins du Trocadéro se cache la plus petite avenue de Paris, longue de seulement 115 mètres. En la parcourant, les flâneurs découvrent une vue tellement superbe sur la Tour Eiffel que peu d'entre eux s'interrogent sur l'origine de son nom : "Camoëns". Mais en descendant les escaliers en fer à cheval situés au bout de l'impasse, ils découvrent une majestueuse statue de marbre rose, sculptée par l'artiste Clara Menerès en 1987. Sur un épais socle décoré de dragons et d'un blason portant les armoiries du Portugal, une niche abrite le buste de Luís Vaz de Camões, grand homme de lettres du XVIᵉ siècle aussi appelé "Le Camoëns".

Ce descendant de troubadours est considéré encore aujourd'hui comme le plus grand poète du Portugal. Méconnue en France, son oeuvre phénoménale est pourtant comparable à celle de Molière ou Shakespeare, au point que les autorités décident en 1880, lors du tricentenaire de la date de son décès, de faire du 10 juin le jour de la fête nationale portugaise.

Au coeur du monument, on peut découvrir Camoëns coiffé d'une couronne de laurier symbolisant la renommée de son oeuvre. Juste en dessous, un livre ouvert, une plume et une épée font référence à son talent littéraire ainsi qu'à sa longue carrière militaire qui le fit voyager sur les puissants galions portugais jusqu'aux confins de l'Afrique et de l'Orient. C'est d'ailleurs en référence aux inspirations qu'il trouva dans ces contrées lointaines que l'oeuvre sculptée est entourée de deux imposantes cornes de gazelle, animal symbolisant la littérature et la beauté insaisissable de Dieu.

En vous rapprochant un peu du visage de Camoëns, vous remarquerez que son oeil droit est difforme, car il fut éborgné par une flèche lors de ses premières batailles sur les côtes Marocaines. Pour autant, cela ne l'empêcha pas de continuer à écrire des textes merveilleux dont voici un exemple, tiré de l'ouvrage "Poètes de Lisbonne".

"Je me suis perdu en moi,
Labyrinthe que j 'ėtais;
Et voici que désormais
Je sens le manque de moi.

Et j'ai traversé la vie
En astre fou qui rêvait.
Anxieux d'outrepasser,
J'ai même oublié ma vie..."

Le roi de la bière

Le roi de la bière

À la fin du XIXᵉ, la communauté alsacienne de la capitale vit plutôt autour de la Gare l'Est. L'un de ses membres, le restaurateur Jacqueminot Graff, décide en 1894 de se faire construire un établissement de cuisine alsacienne à Paris. Il choisit de racheter un petit immeuble juste en face de la Gare Saint-Lazare, où la concurrence sert surtout une cuisine de la mer et des spécialités normandes. Afin de faire parler de son restaurant, Graff sort le grand jeu. Il demande à ce que la brasserie soit richement décorée dans le style de sa région, afin de marquer un contraste saisissant par rapport aux larges immeubles haussmanniens du quartier.

Pour créer l'ambiance alsacienne, la façade de briques est ainsi recouverte avec des pans de bois pour donner l'impression que l'immeuble est mansardé. Dans les coins du premier étage, on cache deux petits personnages malicieux qui semblent observer les allées et venues des clients. À droite un brasseur tient dans sa main des branches d'orge et de houblon, tandis qu'une dame en costume d'époque lui fait face sur le côté gauche. Celle-ci rend certainement hommage aux nombreuses serveuses qui circulaient entre les étages du bâtiment pour servir les buveurs de bière, tenant plusieurs  lourdes pintes à bout de bras !

Au sommet de l'immeuble, une  élégante cigogne - oiseau emblématique de l'Alsace-, trône dans son nid. Elle surveille fièrement le blason blanc à bande rouge surmonté d'un casque ailé, qui représente les armoiries de Strasbourg. Mais c'est au centre de la façade que l'on trouve l'oeuvre la plus insolite. Deux G dorés introduisent Gambrinus, mythique personnage belge, incarnant la bonne humeur et la joie de vivre. La légende veut que le diable lui donna un jour des graines pour planter du houblon afin de fabriquer un breuvage amère qui rendrait les gens malades. Toutefois, Gambrinus fit tout le contraire et réussit à créer de la bière très douce qui enchanta les habitants de ses contrées. La réputation du breuvage atteint même le Roi des Flandres, qui décida de gratifier le jeune brasseur en le nommant Seigneur. Mais celui-ci, peu intéressé par les ordres de noblesse, préféra le titre de "Roi de la bière".

Gambrinus est ainsi représenté tenant une bière à la main, comme s'il voulait souhaiter la bienvenue aux voyageurs sortant de la gare. S'il vous vient l'idée rentrer dans l'immeuble pour trinquer à sa santé, il faudra vous contenter d'une bière classique, puisque depuis 1998, l'immeuble est occupé par une célèbre enseigne de fast food qui ne sert ni plats alsaciens, ni gervoise savoureuse...

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